17 mars 2022 - Louvain-La-Neuve
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Le prochain colloque de Familles Plurielles est planifié !

Comme de coutume, nous serons heureux d’accueillirs les habitués et les nouveaux venus pour prendre, une journée, le temps de faire une pause et de participer à de riches échanges sur le thème “Le Murmure des Secrets, ces Silences qui font du Bruit“.  Nous aurons l’opportunité exceptionnelle d’accueillir les orateurs suivants.

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Florence CALICIS

Comment aborder un passé commun alors que la souffrance s’invite et que l’histoire personnelle ne permet pas de trouver un sens ? L’exploration de l’histoire familiale, au travers des générations antérieures, permet d’identifier souvent des traumas laissés en silence mais transmis par ces aïeuls ou ancêtres.

Quels sont les signes qui permettent de déceler cette présence envahissante dans l’existence de l’individu ?
Comment, tel le saumon qui remonte la rivière, aller à la source de l’histoire familiale et soulager le fardeau qu’un secret engendre ?

Quels sont les risques de la découverte de ces traumatismes vécus par procuration ? Comment envisager leurs levées et peut-on parler de guérison ?

Boris CYRULNIK

L’enfant a toujours l’intuition de son histoire. Si la vérité lui est dite, elle le construit. Malheureusement, dans les familles, des évènements honteux ou traumatisants restent sous silence mais réussissent à se faufiler dans l’inconscient collectif de la famille. Il en résulte des préjudices qui résultent de la souffrance passée non traitée par nos ancêtres. Boris Cyrulnik distingue, chez les hommes, le trauma (par ex. un coup) du traumatisme (représentation du coup). Les personnes qui ont été blessés gravement par un traumatisme ont été laissées pour mortes. Ceci n’est pas une figure rhétorique et ceux qui surmontent l’épreuve sont des fantômes triomphants.

Triomphants mais fantômes tout de même, que l’on accueille avec peur et que l’on fait taire. Car on fait taire tous ceux qui ont subi de grands traumatismes pour se protéger de l’insupportable. Pour tous les traumatisés, une partie de leur personnalité va entrer en contact avec l’autre, et une autre va souffrir en secret. Et au fond d’eux-mêmes, cette mort murmure.

Nos ancêtres morts sont souvent invisibles mais ne sont pas absents ; ils sont plutôt les fantômes qui hantent nos arbres généalogiques.

Comment trouver un chemin où la parole libérée peut être acceptée par l’autre et s’affranchir du silence ?

Pascale JAMOULLE

Lorsque l’exil s’impose, son histoire personnelle ou familiale n’est pas toujours bonne à dire et s’efface, en tout ou en partie. Certains silences s’ordonnent. Une double identité survient, qui se superpose, pour dégager une chance d’être admis dans un pays étranger, dans un contexte de survie. Des hommes et femmes isolées, des familles réunies ou séparées, des jeunes et des enfants s’imposent un silence, avec une personnalité morcelée confronté à une urgence vitale d’être simplement accepté.

Au cœur de ces vies de migration, des « points de suspension », des « trous de mémoire », des « blancs et absences », des secrets de familles se conjuguent aux non-dits actuels des sociétés occidentales avec des modèles d’intégration multiples.

Pascale Jamoulle parle d’une triple rupture : avec leur passé (quand il ne leur est pas transmis), avec leur langue et leur culture d’origine (quand celles-ci sont censées disparaître) et avec la réussite sociale en Europe (quand elles se sentent mises au ban). La plupart ont connu différentes formes de précarité et parfois de violence, liées aux histoires personnelles, mais aussi aux problèmes de séjour, aux dominations de classe, de race et de genre. Ces parcours montrent, en effet loupe, les tensions sociales, les souffrances de l’exil, les impasses du métissage quand prévalent l’aveuglement, le mutisme et les relégations.

Il s’agira d’aborder la thématique du secret sous l’angle de l’immigration au regard de ces divers développements.

Serge TISSERON

Le passage générationnel d’un secret familial se colore en fonction d’un contexte, des identités et altérités en présence, de la famille, de la culture, …

Mais il s’agit de définir clairement ce que l’on entend par les termes « secrets de famille »

Aborder les secrets de famille passe par les étapes de questionnements, d’historicité, des charges émotionnelles en présence, des vécus personnels avec la réécriture de l’histoire, …

Comment aborder cette thématique afin que la (les) génération(s) suivante(s) porte(nt) un regard empathique en dehors de position de jugement ?

Comment aussi alléger le poids du secret pour permettre une respiration plus sereine et moins gênante en termes d’héritage ?

Existe-t-il des situations où le silence est préférable à la divulgation des secrets ? D’abord, il convient de faire la différence entre ce qui peut ou doit être gardé pour soi, ce qui est la vie privée et le secret. Un fait privé devient un secret dès qu’il y a symptôme : dépression, larmes, angoisses. Ce qui n’est pas dit est manifesté autrement. D’ailleurs, souvent la révélation d’un secret n’est que la confirmation d’une hypothèse : « Je le savais! » ou « Je m’en doutais… ».

Mieux vaut donc dire, même si c’est douloureux. Enfin, quelles sont les précautions à envisager pour en parler ?